Vos émotions, des amies qui vous veulent du bien

Vos émotions, des amies qui vous veulent du bien

Considérées à tort comme une faiblesse, longtemps dénigrées, souvent mal connues, les émotions sont pourtant une composante essentielle à notre survie.

L’émotion n’est pas un type de réponse
mais plutôt un état de force comparable par certains aspects à un instinct

Burrhus Frederic Skinner, psychologue américain, fondateur du comportementalisme radical,1938

Les émotions, ces mal-aimées

Qui n’a jamais tenté, en sentant la moutarde lui monter au nez, de refouler cette montée de colère ? Qui n’a jamais eu honte de pleurer devant autrui ? De rire trop fort ? Et que dire des adjectifs que nous réservons à ceux qui osent admettre leur peur face à quelque chose : couard, poule mouillée, lâche ?

De manière générale, nos sociétés modernes n’aiment pas les émotions. Les ressentir – et pire encore – les montrer équivaut à un aveu de faiblesse. En effet, le citoyen modèle ne se laisse pas déborder par ses émotions. Il est serein, lisse et fort. Il résiste à tout, au stress comme aux contraintes, sans jamais rien montrer. Se laisser contrôler par ses émotions, c’est ne plus être en contrôle de soi-même. C’est être faible, hystérique. Nous laissons ce genre de débordement aux fous et aux déficients mentaux.

Mais la raison pour laquelle nous avons une vision si négative de nos émotions, c’est parce que nous posons trop souvent sur elles un regard moraliste, les qualifiant de bonnes (la joie) ou de mauvaises (peur, tristesse, colère, …).  Pourtant elles ne sont ni l’un, ni l’autre.

Les émotions, une information vitale

Notre cortex cérébral abrite trois cerveaux : le reptilien, siège de l’instinct de survie, le limbique, siège des émotions et enfin néo-cortex, siège de la pensée complexe. Ainsi donc tout commence avec notre cerveau reptilien. Celui-ci, binaire, ne connait que deux options : sécurité ou danger.  Il considère comme une menace (potentielle) tout ce qui touche de près ou de loin à nos besoins fondamentaux, à savoir :

  • notre sécurité : parce que nous sommes mortels
  • notre identité : parce que nous vivons en société et avons besoin de nous définir par rapport aux autres
  • et enfin, notre quête de sens : parce que nous sommes des « roseaux pensants »

Lorsqu’une telle menace est détectée, notre cerveau reptilien passe alors le relais au cerveau limbique aussi appelé « émotionnel » qui va se charger de nous transmettre le message : « attention, anomalie détectée » sous forme d’émotions. Ainsi la peur sera là pour nous informer d’un danger imminent et provoquer une réaction de fuite. La colère servira à nous faire réagir et à initier une réaction agressive. La tristesse enfin, nous plongera dans la contemplation et nous fera réfléchir au meilleur chemin à prendre. En somme, nos émotions ne sont ni bonnes, ni mauvaises, elles sont utiles.

Écouter et répondre à ses émotions

Le problème lorsque nous jugeons nos émotions, c’est que nous nous trompons de cible : ce qui nous nuit, ce n’est pas l’émotion que nous ressentons mais ce que nous en faisons. Une crise de rage, d’angoisse ou de larmes n’apportent aucune réponse constructive à la situation que nous vivons. Elles ne nous aident ni à comprendre l’élément qui les a déclenchées, ni à communiquer sur la façon dont elles nous font nous sentir.

Ainsi si les émotions nous apportent un message, la réponse que nous leur apportons nous, est souvent contre-productive car elle se limite souvent à deux types de réaction : statique (je me morfonds, je tourne en rond) ou dynamique (j’explose, je suis en suractivité).

C’est pourquoi il est important de tout d’abord savoir reconnaître et donc nommer nos émotions. Afin de pouvoir prendre le recul suffisant pour, lorsqu’elles surgissent, être capable de les accepter et de les écouter mais sans les laisser nous contrôler.

Emotions ? Motivations ? Humeurs ?

Quelles différences pouvons-nous faire entre ces différentes manifestations intellectuelles ? Sans donner de définition précise de chacune, on peut néanmoins établir des critères de différenciations. Par exemple, l’émotion comme l’humeur, sont des réponses à un élément extérieur, alors que la motivation est une réaction à un élément intérieur.

L’émotion et l’humeur en revanche se distinguent sur de nombreux points : la première se déclenche plus rapidement que l’autre, est plus intense et a un effet plus fort sur notre attention. La seconde quant à elle, est plus récurrente, dure plus longtemps et affecte d’avantage nos fonctions cognitives (créativité, …). On dira en outre que l’on est en colère contre quelqu’un ou que l’on a peur de quelque chose. Cette intentionnalité – le fait d’être à propos de quelqu’un ou quelque chose, est absente de l’humeur.

Enfin, les scientifiques ajouteront que si l’émotion est plus ou moins facilement reproductible en laboratoire (donc étudiable), l’humeur en revanche ne l’est pas. Mais elle reste potentiellement tout aussi nocive que sa « petite sœur ». D’où l’intérêt de la reconnaître elle aussi.

Une liste non exhaustive des émotions

Depuis des décennies, plusieurs écoles s’affrontent sur une classification précise des émotions (primaires et secondaires) et j’aurai l’occasion de revenir sur ce sujet dans un prochain article. En attendant, nous pouvons déjà noter dans les émotions dites de base : la colère, la peur, la tristesse, la joie, la surprise et le dégoût. Ensuite, en les faisant varier en intensité et en les combinant, on obtient d’autres émotions encore : appréhension, panique, effroi, amour, soumission, etc.

Cette classification se heurte enfin à un dernier écueil : l’universalité des émotions. En d’autres termes, ressentons-nous tous les émotions de la même façon à travers le monde ? Cette notion intéressera notamment les multinationales dans le cadre d’un management interculturel efficace. Car comment communiquer avec une masse salariale dont on ne comprend pas les émotions ? D’ailleurs,  de plus en plus d’études comportementales tendent à le prouver : la valeur d’une entreprise se mesure désormais à sa bonne ambiance de travail !

Alors tenez-vous le pour dit : les émotions comptent.